02 / 04

Analyse · Preuve

Citer une étude sans lui faire dire davantage

Dans une discussion de direction, un chiffre peut légitimer une priorité, justifier un investissement ou soutenir une comparaison. Son exactitude ne suffit pas : il faut comprendre ce qu’il permet de conclure pour l’entreprise. Quatre études montrent comment cet examen change la portée d’un argument.

Par François Boulard · Mis à jour le · Preuve · 3 min de lecture

Lire l’expertise · Preuve publique

Le total des répondants ne décrit pas chaque résultat

Le Trust Barometer 2026 d’Edelman repose sur une enquête en ligne auprès de 33 938 personnes dans 28 pays, réalisée du 25 octobre au 16 novembre 2025. Ces informations figurent dans la méthodologie du rapport. Elles situent l’enquête, mais le total mondial ne suffit pas à apprécier un résultat français ou celui d’un sous-groupe.

Pour citer un pourcentage, il faut retrouver la population de la question concernée. Une réponse recueillie dans un pays ou auprès d’une partie de l’échantillon ne doit pas être présentée comme l’avis de tous les répondants. Le nombre affiché sur la couverture du rapport ne remplace pas ce contrôle.

Une enquête américaine reste une enquête américaine

The CMO Survey 2026 indique 308 réponses à 2 111 invitations, soit 14,6 %, recueillies du 7 au 29 janvier auprès de responsables marketing d’entreprises américaines à but lucratif. Le rapport fournit aussi les effectifs par question.

Ces résultats peuvent nourrir une discussion dans une direction marketing française. Ils ne décrivent pas pour autant la situation des entreprises françaises. Le taux de réponse invite également à examiner qui a répondu ; il ne permet pas, à lui seul, de calculer un biais ou de rejeter l’enquête.

La méthode peut se trouver sur une autre page

Pour la dixième édition de State of Marketing, Salesforce précise dans sa publication du 19 février 2026 avoir recueilli 4 450 réponses de décideurs marketing. Le terrain s’étend du 8 octobre au 17 novembre 2025 et couvre plusieurs régions du monde. La page promotionnelle du rapport est moins précise.

Retrouver la publication d’origine évite donc de citer seulement un total arrondi. Pour utiliser un résultat régional, il reste à vérifier combien de réponses le soutiennent. Si cette information manque, une formulation générale comme « les marketeurs européens » va plus loin que ce que l’on peut vérifier.

Une prévision doit rester présentée comme telle

En février 2024, Gartner prévoyait une baisse de 25 % du volume des moteurs de recherche traditionnels d’ici 2026. Le communiqué est la source de cette prévision ; il ne constitue pas une observation de la baisse et n’en publie pas le calcul détaillé.

La formulation correcte conserve donc l’auteur, la date et le verbe « prévoyait ». Pour dire que la baisse s’est produite, il faudrait une mesure ultérieure portant sur le même volume. Une évolution du chiffre d’affaires publicitaire ne répondrait pas à cette question.

Faire de la source un appui au jugement

Une étude est utile lorsqu’elle éclaire une incertitude de l’entreprise. La question précède donc le chiffre : cherche-t-on à comprendre une attente, situer une pratique ou comparer un résultat ? La source peut conforter une conviction, la limiter ou conduire à la revoir. Chercher seulement le pourcentage qui rend une présentation plus convaincante fait perdre cette fonction.

La vérification porte aussi sur votre conclusion. Une préférence déclarée pour les contenus d’expertise ne prouve pas que ces contenus ont déclenché un achat. Une progression après une campagne ne permet pas d’attribuer toute la hausse à la campagne. Si la source établit moins que la phrase prévue, il faut réduire cette phrase.

Pour une étude produite par l’entreprise, ce travail se prépare avant la diffusion. Les équipes qui déclinent les résultats doivent disposer des mêmes définitions et des mêmes limites. Cela évite qu’une donnée correctement présentée dans le rapport devienne une promesse dans le support commercial.

La direction de la communication doit pouvoir défendre ce passage entre le constat et la décision. La population, la période et la mesure restent près du chiffre ; les détails sont accessibles dans la source liée. Le lecteur peut alors examiner le raisonnement de l’entreprise et ce qu’elle choisit d’en tirer pour son marché, sans lui demander d’accepter l’autorité d’un nom d’institut à la place d’un argument.

Avant de reprendre une statistique, je complète une phrase : cette source mesure quoi, auprès de qui, où et quand ? Si le titre du contenu élargit l’un de ces termes, il faut le corriger ou apporter une autre preuve. Ce test porte sur la fidélité de la reprise, indépendamment de l’intérêt du chiffre.

François Boulard

Auteur et références

Je travaille sur l’influence corporate et B2B : les positions qu’une entreprise défend, les preuves qui les soutiennent, les personnes qui les portent et la circulation de leurs idées.

Références

Sources et périmètre

  1. Edelman Trust Barometer 2026, rapport mondial, méthodologie p. 2.

    Lire la source
  2. The CMO Survey, Topline Report 2026, échantillon et administration de l’enquête.

    Lire la source
  3. Salesforce, State of Marketing, dixième édition, publication du 19 février 2026 et méthodologie.

    Lire la source
  4. Gartner, communiqué du 19 février 2024 : prévision pour 2026, pas mesure réalisée.

    Lire la source